Accor, Wyndham et Minor Hotels visent Damas et ses maisons
Accor, Wyndham et Minor Hotels prospectent à Damas, portés par un afflux de visiteurs largement composé de Syriens de l’étranger, malgré un parc très usé.
Plusieurs groupes hôteliers internationaux, dont Accor, Wyndham et Minor Hotels, cherchent à s’implanter en Syrie, d’après des propos de dirigeants rapportés début octobre 2026.
En bref
- La Syrie a accueilli 3,52 millions de touristes au premier semestre 2026, plus du double de l’an passé, selon SANA.
- Accor négocie deux projets, Wyndham prospecte Damas et le littoral, Minor Hotels vise la vieille ville.
- Eagle Hills a signé le 5 octobre 2026 un accord-cadre pour Damas et Lattaquié.
- Les paiements par carte restent limités et le parc hôtelier existant est jugé très usé.
Le mouvement intéresse au-delà du Proche-Orient. Il montre comment de grands opérateurs abordent un marché où tout reste à reconstruire, et quelle place ils réservent aux petites maisons de caractère, ce format proche de celui que connaissent les hôtes en France.
Un rebond porté d’abord par la diaspora
Selon l’agence d’État SANA, qui s’appuie sur des chiffres gouvernementaux, la fréquentation a plus que doublé en un an sur les six premiers mois de 2026. Le détail des arrivées éclaire la nature de cette demande.
| Origine des visiteurs | Effectif approximatif |
|---|---|
| Pays arabes | environ 660 000 |
| Autres pays | environ 720 000 |
Autrement dit, six visiteurs sur dix environ reviennent dans leur pays d’origine. Ce profil de clientèle, qui retrouve famille et repères, n’a pas les mêmes attentes qu’un vacancier découvrant les lieux. L’accès s’élargit aussi : Qatar Airways et flydubai desservent le pays, et Etihad, qui assurait quatre rotations hebdomadaires vers Damas, passe à un vol par jour.
Qui investit, et sous quelle forme
Les stratégies diffèrent nettement d’un acteur à l’autre, du bâtiment ancien reconverti au quartier entier sorti de terre.
- Accor mène des négociations avancées pour deux projets, a indiqué Duncan O’Rourke, son PDG pour le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie-Pacifique.
- Wyndham Hotels & Resorts prospecte à Damas et sur des sites balnéaires.
- Minor Hotels étudie la conversion d’immeubles de la vieille ville de Damas en hôtels boutique, sans exclure des constructions neuves.
- Eagle Hills a conclu le lundi 5 octobre 2026 un accord-cadre avec l’État syrien pour deux opérations, 10 millions de m² à Damas et 4,3 millions de m² à Lattaquié, sans dévoiler leur montant.
- Arada, promoteur émirati, annonce son arrivée avec un projet de 7 milliards de dollars.
- Azdehar Holding travaille avec le ministère du Tourisme à la construction du Beaumont Damascus.
Chez Wyndham, Dimitris Manikis, président pour la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique, s’est dit sûr d’une première signature : « Very soon, I’m confident that we’re going to announce our first signing in Syria, » a-t-il déclaré, soit, en français, une annonce attendue « très bientôt ». Amir Golbarg, directeur des opérations de Minor Hotels pour le Moyen-Orient et l’Afrique, justifie l’intérêt par l’histoire du pays et sa position de carrefour, qu’il juge porteuse d’un fort potentiel.
Un parc usé et des paiements encore contraints
Le premier obstacle tient à l’état des établissements existants, décrits comme très vieillissants et laissés à l’abandon pendant des décennies. Amir Golbarg résume la situation en expliquant que le marché est resté coupé du monde pendant des années et que les chambres disponibles sont fatiguées. Pour quiconque gère un hébergement, le constat rappelle qu’un défaut d’entretien prolongé finit par peser sur toute une destination.
L’ampleur du chantier se mesure aux estimations de la Banque mondiale : l’an dernier, l’institution chiffrait prudemment la reconstruction du pays à 216 milliards de dollars, dont 75 milliards pour le logement et 59 milliards pour les bâtiments non résidentiels.
Côté encaissement, Visa et Mastercard ont annoncé le mois dernier leur arrivée, mais le paiement électronique ne fonctionne encore qu’avec certaines cartes de banques étrangères et dans des lieux déterminés, comme le relève Travel Extra. La confiance des voyageurs reste aussi fragile : Washington a rayé la Syrie en août de sa liste des États soutenant le terrorisme, tout en continuant à déconseiller le voyage à ses ressortissants.
Les maisons de Damas, cousines des chambres d’hôtes
Avant l’arrivée des grandes enseignes, la capitale comptait déjà quelques demeures traditionnelles transformées en petits hôtels boutique, exploitées ainsi depuis plusieurs décennies, rapporte The Independent. Ce modèle de quelques chambres installées dans un bâtiment patrimonial correspond précisément à celui que Minor Hotels envisage désormais de reproduire.
Ce contraste entre l’hébergement ancré dans son quartier et les opérations de plusieurs millions de mètres carrés éclaire un point familier pour les hôtes : l’acceptation par le voisinage fait partie intégrante d’un projet d’accueil.
Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Gustavo Fring. Licence Pexels.
